Et un jour, nous avons reçu une lettre :
Je suis un inconnu, du moins à vos yeux, je vous vois, mais vous, vous ne me voyez pas, pourtant vous savez que j'existe. Des gens comme moi vous en croisez tous les jours, sans y porter la moindre attention, ça ne m'étonne pas, je vous connais, je sais que lorsque vous êtes ensemble vous ne voyez plus le monde extérieur, vous ne formez alors qu'une seule et même personne, vous êtes dans une bulle, votre bulle. Impénétrable. Je dois vous avouer qu'au début, ce n'était pas simple. Vous bougiez sans cesse, vous gigotiez dans tous les sens, même votre langage était insaisissable, je ne savais pas par quel bout vous prendre, votre union me déstabilisait de plus en plus, vos rires tapageurs résonnaient dans ma boite crânienne sans que je puisse les stopper, vos visages enjoués me terrorisaient nuits et jours, vos prénoms retentissaient entre les murs des salles et des couloirs trop souvent vides. Votre folie me poussait à abandonner. Mais, je devais en savoir plus, je devais découvrir comment vous faisiez pour être aussi heureuses. C'est ridicule je sais, mais vous devez savoir que je n'avais jamais vu ça auparavant. Dites de moi ce que je vous voulez, ça m'est égal. D'ailleurs, je sais aussi que vous parlez derrière le dos des gens comme moi, nous ne représentons rien pour vous, vous valez beaucoup plus, vous êtes des êtres uniques, supérieurs, vous ne vous confondez pas dans la masse. Nous ne faisons pas partie de la même catégorie.
Je vous en veux tellement de l'hypocrisie qui ornait trop souvent vos jolis et doux visages, mais je ne vous en voulais jamais assez longtemps contrairement à ce que l'on pourrait penser. Moi, je vous enviais. Et je n'étais pas le seul. J'entendais parfois les autres parler sur vous, ils étaient jaloux, ils étaient verts lorsque vous passiez devant eux sans même leur adresser un regard, une parole, un geste. Ils disaient que sans vous rien ne serait pareil, tout serait si fade et si ennuyeux, que sans vous, les heures seraient trop longues. Que sans vous rien ne serait possible. Je vous envie parce que je n'ai jamais été capable de vivre, de vivre aussi intensément que vous je veux dire. Mais quand je vous regarde, ça parait tellement facile, si spontané. Tellement naturel que ça en devient obsessionnel. Je ne veux pas votre secret, je ne veux pas un mode d'emploi, je veux que vous m'appreniez à vivre. Je vous fais confiance malgré ce que je vois, malgré ce que vous faîtes. Je parle de vos inlassables stupidités bien sûr, celles qui font partie de votre quotidien, de vos petites habitudes. Celles qui font paradoxalement votre force. Si pour cela je dois sniffer des bonbons poudrés, monter comme un con les escalators réservés à la descente, faire des cabanes indiennes au fond de la classe ou ramper entre les chaises pendant les cours, je le ferais. Oui, je le ferais. Je sais que durant ces quelques minutes je serai absolument en vie. Comme vous. Dites-moi je vous en supplie, que vous m'apprendrez les secrets de l'enivrement et du déséquilibre, que vous m'aiderez à dépasser mes propres limites et à enfreindre les leurs. Dites-moi que je serai capable de vivre tout en étant heureux. Jurez-moi que ça existe encore. Je vous fais confiance, je vous connais depuis tellement longtemps. Et vous, vous ne me voyez même pas.
Je suis un inconnu, du moins à vos yeux, je vous vois, mais vous, vous ne me voyez pas, pourtant vous savez que j'existe. Des gens comme moi vous en croisez tous les jours, sans y porter la moindre attention, ça ne m'étonne pas, je vous connais, je sais que lorsque vous êtes ensemble vous ne voyez plus le monde extérieur, vous ne formez alors qu'une seule et même personne, vous êtes dans une bulle, votre bulle. Impénétrable. Je dois vous avouer qu'au début, ce n'était pas simple. Vous bougiez sans cesse, vous gigotiez dans tous les sens, même votre langage était insaisissable, je ne savais pas par quel bout vous prendre, votre union me déstabilisait de plus en plus, vos rires tapageurs résonnaient dans ma boite crânienne sans que je puisse les stopper, vos visages enjoués me terrorisaient nuits et jours, vos prénoms retentissaient entre les murs des salles et des couloirs trop souvent vides. Votre folie me poussait à abandonner. Mais, je devais en savoir plus, je devais découvrir comment vous faisiez pour être aussi heureuses. C'est ridicule je sais, mais vous devez savoir que je n'avais jamais vu ça auparavant. Dites de moi ce que je vous voulez, ça m'est égal. D'ailleurs, je sais aussi que vous parlez derrière le dos des gens comme moi, nous ne représentons rien pour vous, vous valez beaucoup plus, vous êtes des êtres uniques, supérieurs, vous ne vous confondez pas dans la masse. Nous ne faisons pas partie de la même catégorie.
Je vous en veux tellement de l'hypocrisie qui ornait trop souvent vos jolis et doux visages, mais je ne vous en voulais jamais assez longtemps contrairement à ce que l'on pourrait penser. Moi, je vous enviais. Et je n'étais pas le seul. J'entendais parfois les autres parler sur vous, ils étaient jaloux, ils étaient verts lorsque vous passiez devant eux sans même leur adresser un regard, une parole, un geste. Ils disaient que sans vous rien ne serait pareil, tout serait si fade et si ennuyeux, que sans vous, les heures seraient trop longues. Que sans vous rien ne serait possible. Je vous envie parce que je n'ai jamais été capable de vivre, de vivre aussi intensément que vous je veux dire. Mais quand je vous regarde, ça parait tellement facile, si spontané. Tellement naturel que ça en devient obsessionnel. Je ne veux pas votre secret, je ne veux pas un mode d'emploi, je veux que vous m'appreniez à vivre. Je vous fais confiance malgré ce que je vois, malgré ce que vous faîtes. Je parle de vos inlassables stupidités bien sûr, celles qui font partie de votre quotidien, de vos petites habitudes. Celles qui font paradoxalement votre force. Si pour cela je dois sniffer des bonbons poudrés, monter comme un con les escalators réservés à la descente, faire des cabanes indiennes au fond de la classe ou ramper entre les chaises pendant les cours, je le ferais. Oui, je le ferais. Je sais que durant ces quelques minutes je serai absolument en vie. Comme vous. Dites-moi je vous en supplie, que vous m'apprendrez les secrets de l'enivrement et du déséquilibre, que vous m'aiderez à dépasser mes propres limites et à enfreindre les leurs. Dites-moi que je serai capable de vivre tout en étant heureux. Jurez-moi que ça existe encore. Je vous fais confiance, je vous connais depuis tellement longtemps. Et vous, vous ne me voyez même pas.
